A l'assaut du "Grand Colombier par les 4 faces"

 

Afin d'être admis Membre de la ''Confrérie des Fêlés du Grand Colombier'' situé dans le département de l'Ain, il faut gravir ce col par 2 faces dans la même journée, élu Maître : gravir 3 faces et Grand Maître: gravir 4 faces soit un dénivelé total de 4806 m. C'est ce que je vais tenter. (Pour ceux qui ne le savent pas: le dénivelé total, c'est la différence de niveau en mètre, cumulée du bas au sommet d'un col ). N'étant pas engagé cette année à ''l'Etape du Tour Mondovélo'' Saint Jean de Maurienne-La Toussuire, j'ai décidé de participer au défit du Grand Colombier et de le monter sur les 4 faces. J'arrive à Culoz, ville située au pied du col le lundi 13 juillet en soirée. Après une bonne nuit de repos, je me lève à 7 h le mardi 14 juillet. Je déjeune et je vais repérer les endroits pour pointer la carte de contrôle à chaque point de départ de Culoz, Artemare, Champagne et Anglefort. Demain, je n'aurai pas à chercher. Une pince de poinçonnage est fixée derrière chaque pancarte indiquant le col. On fait des trous différents pour chaque montée afin d'homologuer le passage du cycliste. Dans la matinée, j'ai parcouru une cinquantaine de km afin de me remettre en jambe et l'après midi, je me repose car demain la journée sera longue et je dois partir de bonne heure si je veux réussir à gravir les 4 faces le même jour. La nuit a été bonne et le mercredi 15 juillet je me lève à 5 h 15, après un petit déjeuner très copieux, je pars à 6 h 30 pour le sommet du Grand Colombiers depuis Culoz distant de 18,300 km avec une dénivellation de 1262 m. et un pourcentage moyen de 6,89 %. J'ai reçu un mot d'encouragement du Président de la Confrérie, Michel Pélissier qui me prévient que des travaux de goudronnage sont prévus côté Culoz c'est pour cela que je débute par cette montée. Dès les premiers km, une magnifique vue s'offre à moi sur la vallée du Rhône et le lac du Bourget, je ne résiste pas à sortir mon appareil photo car j'ai envie d'en profiter pleinement. Je traverse la belle forêt au frais, il fait bon et la chaleur n'est pas encore là. A un km du sommet un troupeau de vaches me barre la route. Elles courent et je réussi à les distancer. Cela m'ennuie un peu de les déranger. Après une bonne ascension, je pointe ma carte avec la pince à 9 h 00, pas de tampon, pas de tarte aux myrtilles car ''l'auberge du Grand Colombier'' est fermée le mercredi ! Je prends une photo qui enregistre mon passage. Je mange mon premier sandwich, une barre de céréale et une banane afin de reprendre des forces. Une descente prudente vers Artémare, je pointe ma carte avec la pince et un tampon au bar ''Le Stadium''. Je repars pour la deuxième face à

10 h.00. 15,900 km. de montée, une dénivellation de 1251 m. et un pourcentage moyen de

7,87 %. Je continue ma route toujours seul. Où j'arrive maintenant, il y a un passage à 19 % sur 1,5 km et un maximum à 22 % où je dois mettre pied à terre en changeant de braquet, après quelques mètres à pied, je repars, heureusement je passe à l'ombre, mais dès que la végétation prend fin, c'est du 36° au soleil ! J'arrive enfin au sommet à 12 h 45 où je pointe ma carte à la pancarte indiquant : ''Col du Grand Colombier alt. 1501 m.'' et avec une nouvelle photo qui atteste mon arrivée tout là haut ! Voilà la moitié d'effectuée et j'ai tout l'après midi pour finir. C'était le côté le plus pentu. Il ne faut surtout pas le garder pour la fin ! Je mange mon deuxième casse-croûte et je redescends lentement afin de bien récupérer vers Champagne en Valromey. Je fais tamponner ma carte à l'Office de Tourisme où l'hôtesse, très gentille, me propose de remplir mes bidons. On voit qu'elle a l'habitude d'accueillir des cyclistes. A 14 h 00, me voici reparti pour ma troisième ascension de 19,2 km, c'est la plus longue avec une dénivellation de 1042 m. et un pourcentage moyen de 6,75% .

Le thermomètre affiche 37°. Ce sera le maximum. A la sortie du village de Lochieu, je m'arrête à une ferme pour remplir mes bidons à un abreuvoir où l'eau coule de la montagne, mais le jeune agriculteur qui prépare sa presse à foin me signale que l'eau n'est pas potable et va me les remplir chez lui. Il me propose de me ''remorquer'' jusqu'à un km du sommet, là où il va travailler, mais pour moi, il n'en est pas question, j'aurais des remords ! A 14 h 50, il me reste environ 12 km à parcourir. J'arrive dans un passage à 14 % avec des gravillons. Je dois m'arrêter, c'est trop dangereux car le gros tracteur et sa presse me dépassent. Le jeune me salut. Pour repartir, avec une pente pareille, ce n'est pas facile de remonter à vélo !

Je fais une centaine de mètres à pied pour me détendre les jambes des durs efforts afin d'éviter les crampes. Il faut boire beaucoup et j'en suis à mon dixième bidons !J'arrive au sommet à 16 h 47. Le température a baissé un peu (34°) avec un petit vent frais qui fait du bien. ''Re-pointage'' et ''re-photo'' à la pancarte du sommet. Je discute un instant avec des camping-caristes qui vont passer la nuit sur le plateau. L'un me dit qu'il a vu ce matin un cycliste avec le même maillot que le mien, je lui répond que c'était moi et que je vais tenter une quatrième ascension ! Je descends vers Anglefort un peu plus rapidement car je voudrais arriver avant la nuit en haut. Je repère la montée que je vais effectuer avec de longs passages à l'ombre de la montagne. C'est pour cela que j'ai choisi de la faire en dernier. Cette face à une longueur de 15,700 km, une dénivellation de 1251m. et un pourcentage moyen de 7,97 %. Je pars du carrefour qui mène à Anglefort à 18 h 00 d'où je pointe ma carte de route. Je bois un bon coup et j'ai mes deux bidons pleins. Il fait un peu moins chaud (32°), je monte à l'ombre et la fraîcheur devrait commencer à tomber. Un départ pas facile avec 6 km à 10% de moyenne et une longue ligne droite, avec la fatigue, c'est du 5/6 kmh, c'est démoralisant. Au 7 ème km, je suis sur le parcours commun que j'ai déjà monté venant de Culoz, il me reste 8 km à gravir. Je suis pris par les crampes dans les deux cuisses ! J'en suis à mon 117 ème km dont 63 km de montée jusque là ! Je suis obligé de mettre pied à terre et j'en profite pour boire et manger. Je repars après les douleurs passées. Les derniers km sont interminables ! A 3 km du but, j'ai cru ne pas y parvenir, voilà les crampes qui reviennent, ça fait mal ! Je dois m'allonger dans l'herbe avec les vaches comme compagnie. Elles me regardent curieusement. Je bois les dernières gouttes d'eau de mes bidons ! Je me masse pendant quelques minutes et cela va mieux. J'arrive enfin au sommet du Grand Colombier à 20 h 52 où les camping-caristes m'attendaient. Je mange une barre de céréale, je vais pointer ma carte pour la dernière fois et je reviens vers eux pour converser. Ils me donnent une bouteille d'eau que je bois presque d'un seul trait. En tout , j'aurai bu 14 bidons plus le litre d'eau offert à mon arrivée au sommet ! Ils me proposent également de dîner avec eux, c'est très gentil de leurs parts, mais je dois regagner mon véhicule avant la nuit qui va commencer à tomber. La fraîcheur arrive, il fait maintenant 18°. Je me couvre pour redescendre, car pour traverser la forêt côté Culoz, il commence à faire froid et la nuit tombe. J'arrive en bas à Culoz à 21 h 47. Je suis heureux d'en terminer, fatigué bien sûr mais le plaisir l'emporte sur la souffrance. Je fais partie maintenant de la Confrérie des Fêlés du Grand Colombier, nous sommes deux de la Charente Maritime à avoir réalisé ce défit de gravir à bicyclette les 4 faces de ce col dans la même journée, mon ami Rochelais Antoine Rachmuhl et moi-même. J'ai souffert de crampes à cause de la chaleur car j'ai manqué d'eau dans les 5 derniers km. Pas moyen de se ravitailler quelque part, j'aurais dû emporter un troisième bidon dans mon sac à dos ! C'est vrai qu'il faut être un peu ''fêlé'' pour entreprendre une telle épreuve, c'est promis, je ne le ferai plus ! 4 faces, non, mais une montée pour le plaisir et la vue à 360 ° en haut sur l'Ain, la Savoie, la Haute Savoie, le lac du Bourget et le Rhône, c'est à refaire ! J'habite à 650 km du Grand Colombier, cela fait un peu loin pour y aller chaque semaine ! J'ai passé 11 h 40 de temps réel sur le vélo, j'ai été assez prudent de respecter des moments de repos à chaque ascension en me restaurant. J'ai parcouru en tout 140 km. dont 69,100 km de montée. Ma moyenne cardiaque a été de 110 pulsations à la minute avec un maximum à 143 dans les passages à 14 et 19 % . (Je suis dans ''le rouge'' à 160). Pour monter, j'ai utilisé un braquet de 30 dents à l'avant et 25-27-29 à l'arrière, selon la pente afin de garder toujours une souplesse de pédalage. On ne peut pas dire que j'ai fait des excès dans l'effort ! Le plus difficile, c'est d'être ''tombé'' dans une journée de forte chaleur, j'ai bu environ 10 litres de liquide, mangé deux gros sandwichs, deux bananes et 10 barres de céréale. Quelques jours après j'ai reçu mon ''diplôme'' d'admission à la Confrérie des Fêlés du Grand Colombier indiquant que je suis le 1268 ème Fêlés et 625 ème ''Grand Maître''. Pour ceux qui auraient la tentation d'effectuer ce défit, je les invite à visiter le site ''Les Fêlés du Grand Colombier'' sur Google où les nombreux récits des Fêlés confient leurs expériences. Je salue les Fêlés de France et de l'étranger.

 

 Claude Gréau licencié au Club Cyclo ''Rayon de Saintonge'' - juillet 2015