TENTATIVE PRINTANIERE

 

 

Lundi matin :

1 petit degré à Modane, en Haute Maurienne, lorsque je démarre la voiture, à 06h00...

Glagla, vélo chargé, sac prêt : Direction Ruffieux ! Que j'ai choisie pour être mon départ de cette belle aventure...

Ce choix me permettra d'arriver avec quelques petits kilomètres de plat au pied de la montée pour échauffer les jambes !

Top départ à 08h25, la journée promet d'être belle, cependant j'opte pour une tenue longue : collant + veste !

Je prends également le sac à dos, afin d'être serein niveau matériel et ravitaillement !

Quelques petits degrés ici aussi, le soleil se lève tranquillement...

Je traverse Culoz, que j'ai choisie comme première face à escalader : je ne connais pas ce col, ni les environs, j'ai simplement comme tout bon cyclo étudié les profils, les itinéraires et directions... Gloups !

La mise en route, dans les coteaux sera néanmoins difficile... Je me dis que la journée sera longue, et que déjà 2 ascensions, ça sera pas mal !

Je profite néanmoins de la vue qu'offre les premiers lacets, oui je sais, même en plein effort, j'ai toujours le nez en l'air et ce besoin de m'imprégner des lieux que je traverse, capter la lumière, l'air, les senteurs...

Je me souviens des coureurs du Tour, que j'ai vus se faufiler (derrière mon ecran) dans ce serpent d'asphalte...

J'adore...

Les plantes grasses colorent à merveille les rochers qui oui, comme le dit le flyer, doivent bouillir en plein été, tel un four puissance maxi...!

Un peu plus haut, je retrouve un peu de fraicheur, avec un vent venu du nord, du coup de face, qui me fait remonter la fermeture éclair...

Quelques cailloux sur la route, une très rare voiture qui parfois me rattrape...

Un replat qui fait du bien, on retrouve la route d'Anglefort, qui s'enfonce ensuite dans les bois... (Oui j’aime bien dire « on »' quand je suis sur ma monture, après tant d'aventures partagées : Compostelle, Traversées des Alpes...)

Cette fois plus de doute, il fait bien frais ! Les kilomètres d'ascension se soustraient, et après un petit mur d'asphalte rempli de peinture évoquant un mois de Juillet ou la foule acclame une centaine de pros en baver, je devine le sommet...

Un dernier effort, vent de face, me conduira à 1.501 mètres, bien guidé par un décompte sur le goudron, chaque 50 mètres... Il est 10h00, tout pile ! (1h15 de montée environ, tranquille, il faut gérer...)

Un premier regard, plutôt bref, sur le panorama, quelques clichés, je m'habille, remets le bonnet, puis mon coupe vent, et après avoir avalé une barre de céréales, plonge dans le versant ouest !

 

Après la vue impressionnante qui s'offre à moi, une deuxième chose m'interpelle : les congères...

La route a ouvert il y a peu, mais ça passe ! Fin, mais ça passe...

Après avoir étudié les différentes faces, j'ai suivi les conseils, et j'ai ciblé Artemare comme 2e face à grimper...

Bien que vertigineuse, je m'engage dans la descente aux très forts pourcentages (c'est déconseillé, notamment pour la chauffe des freins, mais les températures très fraiches ce jour aident à refroidir les jantes.....!)

Pause de contrôle néanmoins à mi-pente, boire un coup, faire une photo : tout va bien !

Je rejoins Artemare, après avoir apprécié le décor vert si puissant des prés en pleine croissance...

J'avais une idée en tête ce matin : y trouver une boulangerie pour acheter un bon pain, et ainsi me motiver à remonter faire le 'casse croute' de midi là haut pour la 2e montée !

Ce sera chose faite, avec un très sympa boulanger à Artemare, qui vend directement au fournil, il me fera gouter du pain au cumin, et finalement une très appétissante baguette tradi prendra place dans le sac à dos, à côté d'un petit fromage de vache, pour une apothéose au sommet, a suivre !

Belle rencontre avec cet artisan, j'ai apprécié !

 

C'est reparti ! Inversion des rapports, on remet le 39 et c'est parti direction Virieu le Petit ! La pente est pour le moment acceptable, la route paisible, l'air se réchauffe peu à peu...

Virieu ! Fini de rire, la descente m'aura permis de juger ce qui "nous attend"... Gloupssss !

Une pâte de fruits et hop, on tourne ! Bien content de trouver le plateau de "30", qui ne sert que pour les grandes occasions, et s'avérera bien utile dans les rampes quasi verticales du Géant...

Tout à gauche ! Mais ça monte !

La vitesse elle, ne grimpe guère, 6, 7 km/h... C'en est même presque drôle de voir que les mètres de dénivelé grimpent plus vite que la distance : amusant (à tête reposée Lol...!)

Finalement, l'arrivée à la Selle de Fromentel sera, (comme espéré...) une délivrance ! Sacré morceau de fait ! Un petit cliché et hop, on repart, car un bon casse croute nous attend là haut !

Nouvelle belle rencontre, avec un chevreuil aperçu à 3 kilomètres du sommet, dans une épingle, la route est très calme, aussi la faune s'épanouit, prend ses aises...

Des bucherons s'affairent dans les bois, moi je fends le vent, dans les deux derniers virages menant au sommet...

Midi au Grand Colombier : comme une évidence ! (52 minutes depuis Virieu, 1h15 depuis Artemare environ)

Je n'entends pas le clocher sonner, non...

Normal, nous sommes seuls, nous sommes haut...

Seul le silence, la grandeur de Dame Nature nous entourent, nous tiennent compagnie : le décor est planté pour un casse croute de 'Haute Gastronomie'...

Savouré face au lac du Bourget, et à mon département, mon pays : La Savoie...

Une petite bise me claque les joues, mais n'enlèvera rien à la saveur de mon « pain / fromage » revigorant à 1.501 mètres...

Divin...

 

Une petite barre chocolatée pour le coté gourmand (encore ?!), puis c'est reparti dans la descente côté ouest...

53 kilomètres de parcourus depuis ce matin, le dénivelé doit avoisiner les 2.600 mètres, et... Je suis regonflé à bloc pour aller chercher la 3eme face !

Celle de Champagne devrait être plus "tendre", aussi je suis confiant (il faut !)

Cette 3eme face, descendue avant d'être remontée en début d'après midi, sera particulièrement agréable, avec ces couleurs si puissantes : le vert de l'herbe fraiche, conjugué au jaune des pissenlits dans lesquels doivent se régaler les abeilles, les arbres en fleurs à Champagne, le sourire coquin d'un renard en bord de chaussée à l'entrée du village, les vaches qui m'acclament lors de notre passage à Lochieu... Plus atypique : le klaxon de remerciements d'un convoi exceptionnel qui monte une pelleteuse en altitude ! (Je me suis garé pour le laisser passer, son signe de la main me confirme que cette journée sent si bon l'air nouveau...) Le clocher de Lochieu me souhaite bon courage, au loin, je l'en remercie...

Je ne suis pas certain de ressentir une immense fatigue, certes, le poids des kilomètres et du dénivelé cumulés sont conséquents, mais ma motivation est démultipliée, ma préparation n'a pas été mauvaise non plus (saison de ski de randonnée + déjà plus de 3.000 kilomètres sur route), aussi je poursuis mon ascension, à un rythme modéré, certes, mais ça tourne encore pas mal !

A peine plus haut que l'arbre remarquable situé en bord de route, je retrouve mon chauffeur routier qui me salue et me lance non seulement un remerciement verbal, mais me présente ses excuses pour m'avoir coupé dans mon élan : je lui réponds qu'il n'y a aucun soucis : dans le Colombier on a le temps ! Bel échange, qui lui aussi renforce la symbolique de cette journée...

Quelques hectomètres plus haut, avant le mur qui conduit à la Selle, un autre chevreuil, mangeant en bord de route... Ce dernier ne m'entend pas arriver, aussi je le surprends ! Il détale dans le talus en contrebas, puis pousse un cri puissant quelques secondes plus tard : oui oui je m'en vais ! On est attendus au sommet de toute façon ! 😉

Kilomètre 91 ! Il est 14h30... On est bien.... Surtout que l'on est à 1.501 mètres ! Encore ! Et pour la 3eme fois de la journée... Enorme !

Je ne pensais pas forcément à cela ce matin en m'élançant de Culoz à la fraiche... Pourtant on y est, et on l'a fait ! (environ 1h25 de montée depuis Champagne...)

Belle victoire pour ma monture, pour moi, et Cejay : ma mascotte qui m'accompagne partout : a vélo, à ski, en rando en montagne...

Il a déjà traversé une bonne partie de l'Europe à vélo, et pourra se vanter d'avoir grimpé 3 fois le Colombier dans un sac à dos : veinard !

Le panorama est cette fois encore plus beau, les quelques nuages matinaux se sont relevés, on voit loin...

Le Mont Blanc est « un peu pris » aussi je me rabats sur l'admiration du lac du Bourget, que l'on va rallier tout doucement....

 

Très honnêtement, je pense que j'aurais eu les ressources pour aller chercher la 4eme face, sans doute à faible allure et au braquet très light, mais j'ai envie de me la garder pour plus tard, ça donnera l'occasion de revenir, pour aller chercher le grade de Grand Maitre ! Bonne idée non ?!

 

Descente tranquille, et retour à Ruffieux, après 117 kilomètres au final, et 3.845 mètres de dénivelé, bouclés en 6h00 de vélo ! Moyenne très honorable de 19.7km/h.

Mais aussi et surtout la découverte d'un Géant du Tour, d'un Monstre de pourcentages à 2 chiffres, d'un arc en ciel posé en bord de route, d'un magnifique promontoire à 360° offrant le régal des pupilles entre Ain et Savoie...

 

"Sa voie" justement, elle le mènera tout bientôt vers un autre défi sur les pentes d'un Mythe Français, un autre Géant, : celui de Provence...

Après être baptisé Fêlé du Colombier, Objectif : Devenir un Cinglé du Ventoux !

Sportez vous bien....!

 

 

Jérémie Hecquet – 19 avril 2021