Get Adobe Flash player

MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS

 

Depuis fin 2005 que j’ai la carte de route à la maison ! La honte ! Pas assez entraîné, agenda chargé, autres objectifs, famille, boulot, maladie… bref quand ce n’est pas un c’est l’autre. Mais cette année on y va. Quelques longues sorties, beaucoup de courtes, un paquet de dénivelé, des courses VTT (dont 1 « 10 heures » par équipe et 1 « 24 heures » en duo), une semaine en endurance avec ma chérie en montagne Savoyarde, 5'000 kils au compteur : le feu est au vert. Mieux vaut tard que jamais.

Départ à 5h, au phare, depuis Culoz pour un Gd Colombier que je connais bien. Malgré tout, la pente surprend toujours mais avec l’expérience, je trouve vite le bon dosage, un brin grisé par la magie de la nuit et de la beauté des lumières de la plaine. Brouillard au sommet, comme lors de quasi toutes mes ascensions. Descente fraîche puis direction col de la Biche par son versant « facile » ; ne pas s’emporter, la route est longue. Tiens, pas de pince pour pointer au col ; je relève le n° de série du panneau à la place. Dans la cuvette sommitale un brouillard à couper au couteau limite mon horizon à 20-30 mètres. Ca se dissipe dans la descente, fraîche aussi, dont la pente me fait craindre le trajet retour. Les plaques de goudron gris clair parsemées de gravillons donnent lieu à quelques freinages « limites ». La chance est avec moi : un groupe de 4 genevois affûtés coupe devant moi peu après Gigniez. Un coup de rein de quelques hectomètres et je me cale dans les roues, à 40, jusqu’à Anglefort. Un ravito à la boulangerie et je rattaque, en gérant. Ça passe pas mal mais le chausson aux pommes d’Anglefort moins bien, un thé menthe s’impose à l’Auberge avant de redescendre sur Artemare. Sympa la boucle de Chavornay mais mon estomac n’en a cure. Un gel et un peu d’eau, je tourne les jambes mais rien n’y fait. Les 3 km à 14% sont un calvaire mais pas question de poser le pied dans le tronçon à 19% qui suit. Je zigzague, je grimace « à la Tchmil » mais je tiens. Pourquoi me suis-je lancé là-dedans ? Je pense même à abandonner.

Est-ce les cris que j’ai lancés contre moi-même ? Les contractions intenses de mes cuisses grinçantes ? Le cycliste à l’agonie, pied à terre, que j’ai dépassé là ? Toujours est-il que, dès l’intersection suivante, la tuyauterie se rétablit doucement et la machine (petite cylindrée certes) se relance. La brume baigne toujours le sommet ; je croise 2 cyclos pas causants qui répondent à peine à mes salutations. Des marcheurs m’encouragent. Je m’habille et je bascule dans les nuages. Envie de sel et besoin de calories : allez j’y retourne. Les dieux de la diététique cycliste s’effondrent en me voyant sortir de la même boulangerie avec une part de pizza (c’est tout ce qui reste de salé) et un coca que je déguste au soleil de la place. Cette fois, point de cyclos affûtés pour me ramener à Gigniez. Même pas besoin ! Ca va plutôt bien. Je repars à la chasse à la Biche, avec modestie mais en rythme régulier. Finalement ces pentes soutenues et régulières passent assez bien, même avec la fatigue accumulée. Pour la vue, jedevrais revenir ; le brouillard est moins dense mais demeure. Après 1h45 de montée, je m’arrête encore au col, par acquis de conscience, pour chercher la pince… des fois que. Non ;bon. Descente « manettes » vers Champagne en prenant quand même, sur le bas, le temps d’admirer le paysage. Magnifique. La dernière montée sera bouclée « sur pilote automatique » en 1h50. Le soleil du soir perce par instant les nuages mais je garde, comme à chaque montée, manchettes et gilet ouvert. Les vaches m’accompagnent le long de la dernière rampe et une vue partielle récompense mon pensum qui se termine. Un « Yes » de joie et de rage, un dernier thé à l’auberge avant une descente en douceur vers Culoz. La vue est belle, il fait moins froid que ce matin.

Je l’ai fait, il est plus de 20 heures mais mieux vaut tard que jamais.

Et puis… je reviendrai.

Jean Luc RAHIR