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Cap ou pas cap?

Mardi 5 Août 2008. Il est environ 4h20 quand je gare la voiture au sommet du Grand Colombier. Je ne suis pas seul. Une voiture y est déjà stationnée. Alors que je me prépare, un faisceau de lampe se braque sur moi. Je n’y prête pas attention et à 4h37, j’entame la descente vers Culoz dans le froid, la brume et l’obscurité. Ce n’est pas du plaisir à descendre ces gros pourcentages à la lumière d’un phare pourtant réputé très performant. Il faut continuellement descendre sur les freins pour ne pas risquer la chute. J’avais oublié de prendre des lunettes à verres blancs, ce qui m’a beaucoup manqué pour ce départ matinal. Le collant coupe vent et le blouson chaud enfilés, n’étaient pas de trop. La vision de Culoz éclairée dans la nuit reste une belle image souvenir.

A 5h19 je poinçonne. Au 2/3 de l’ascension, je double un cycliste et arrive au sommet avec le soleil nappant les nuages d’une belle couleur orangée alors que le pied de la croix baigne dans la brume tandis que son sommet cherche la lumière du jour naissant. Je me rhabille chaudement, et m’installe dans la voiture pour prendre une ration de pâtes. Il fait encore froid. Je garde mes vêtements coupe vent pour la descente vers Champagne.

La montée de la Biche se passe sans problèmes. Qu’il est difficile de grimper cette rampe qui longe le vallon d’ Arvière et donne accès au plateau de Sur Lyand. J’aime beaucoup ce lieu, surtout en hivers. C’est sauvage, hostile, les moines Chartreux y ont laissé une empreinte de près de 7 siècles et y auraient caché leur trésor dans une peau de vache au pied d’un sapin.

J’aborde la montée d’Anglefort avec le souci de m’économiser pour aller le plus loin possible. Je ne suis pas préparé à un tel effort. Je ne suis qu’un piètre coursier de 3ème catégorie UFOLEP. Un cycliste me double et n’arrêt pas de se retourner. Veux-il tenter une échappée? J’arrive au sommet à 11h52. Je prends le temps de m’alimenter correctement. Il y a beaucoup de monde en cette période de vacances. Je n’en reviens pas du nombre de vélos qui passent. Est-ce grâce à l’association des Fêlés ? Bien rassasié je m’attaque à la deuxième moitié du défi.

La pente de Virieu-le-Petit me fait peur, très peur, surtout en 4ème montée. Abordant les 22% mes craintes se confirment. J’ai beaucoup de mal à avancer, la roue avant décolle, il fait chaud, il n’y a pas beaucoup d’ombre à cette heure ci, je suis en train de m’épuiser, je mets pied à terre. Le moral chute bien bas. Je fais environ 200m en poussant le vélo. Je subis la solitude du fêlé qui ne sais plus à quoi se raccrocher, comment se redresser dans son orgueil, ni même s’auto encourager afin de poursuivre, et garder l’espoir d’accomplir jusqu’au bout ce défi.  Je remonte sur le vélo en me motivant. C’est légèrement moins pentu. Je languis d’apercevoir le panneau annonçant le croisement avec la route de Lochieu. Le moral est en berne. Enfin, la petite aire de pique nique avec sa table m’annonce un peu de répit. Je me rafraîchi au bac plus en amont et repars en me demandant si, arrivé en haut, c’est bien sage de redescendre pour de toute évidence caler dans le dernier tiers du parcours. Je pointe pour mon 3ème passage au sommet à 15h21. Je mange un peu et surtout je me rince le corps avec un gant de toilette imbibé d’eau fraîche, et enfile des vêtements propres. C’est fou le bien que ça me procure. Un cycliste s’approche et me demande si c’est moi qui suis pari à 4h30. Il sont 3 bourguignons de Chalon à tenter le « Défi Bugiste ». Ils ont dormi sur place, sous la tente, ce qui explique la présence de la voiture et la lumière de la lampe. Il leur reste aussi 2 grimpées. Je sens le moral refleurir et l’orgueil se regonfler. Merci bourguignon, toi, qui sans le savoir m’a grandement encouragé. Dans la descente sur Anglefort je frôle les 90 km/h. J’oublie de poinçonner derrière la pancarte et le fait à l’épicerie de Gignez.

Je redoute cette ascension, mais elle passe en douceur et je suis bien dans ma tête malgré la fatigue qui pèse de plus en plus. Atteignant le sommet de la Biche, j’aperçois à 50 m sur l’autre versant l’un des bourguignons suivi de ses deux compagnons de route. Ils avaient décidé de débuter le défi par Artemare. Quelques remarques et impressions échangées sur ce jeux stupide et crevant, ce truc de « ouf » et chacun bascule pour sa dernière ascension.

Ma dernière ascension, l’une des plus facile, certes, mais je grimpe et déambule dans un état de fatigue qui ressemble à celle que j’ai ressenti dans une ascension rapide du Mt Blanc. Je parle à voix haute sans personne à mes cotés. Je me sens ramolli et vide d’énergie. Je ne pense plus, j’attends que çà se passe. J’essaie d’apprécier l’ombre et le frais des sapins. Enfin le carrefour (de l’espoir) ou je me couche sur la table de pique nique. Que je suis bien ! Il n’y a pas que du mauvais dans la solitude du fêlé. Je reste là quelques minutes avant de boucler le défi à l’arraché, exténué mais heureux même si c’est sans panache sans performance de chrono. A20h43, quand j’atteins pour la dernière fois le sommet, la lumière sur les Alpes les rend magnifiques. Pour un cyclo, quel prestige le Grand Colombier du département de l’Ain peut-il envier aux Alpes voisines ?

Merci à l’association des fêlés du Grand Colombier.

Frédéric CORON du V.C.Bellegarde (01)  - Août 2008