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La galère

Le 26 juillet 2008, j’avais été invité par mes copains du club de Fayl-Billot (capitale de l’osier – Haute-Marne) à les accompagner dans leur tentative pour devenir Fêlé. Je ne me suis pas fait prier. En voici le récit:

"Nous sommes partis à 7 avant le lever du jour d’Artemare. Dès le départ, les 3 rapides ont pris le large et nous sommes restés à 4 à l’arrière. Première montée aux limites pour Jeannot, malade, et Michel. Roland est passé tant bien que mal.

Nous basculons sur Culoz et croisons les 3 compères égrenés après la falaise. Deuxième montée effectuée heureusement avant la grande chaleur. Jeannot, toujours malade, souffre le martyr. Au sommet, il décide de redescendre de l’autre côté et de tenter la 3ème montée par Champagne, si son état le lui permet. S’il coince, il sera du bon côté pour rejoindre l’hôtel. Avec Roland et Michel, nous descendons sur Anglefort avec la ferme intention d’y manger. Las ! Aucun restaurant n’est ouvert. Après avoir enquêté, il nous faut aller à la Champignonnière, quelques kilomètres plus loin, où nous sommes accueillis par des chiens peu amènes.

Après avoir correctement mangé, nous repartons pour la troisième ascension, mais il est 13h00 et la chaleur est torride. La montée est très difficile et les écarts se creusent entre nous. Au croisement de la route de Culoz, au bord de la surchauffe, je m’arrête et attends mes compagnons allongé dans l’herbe, à l’ombre, les yeux fermés. Au bout d’un long, très long moment, ne les entendant pas arriver, je commence à m’inquiéter, et m’extirpant de ma torpeur, je me relève tout doucement. Juste pour voir un maillot rouge et blanc émerger lentement, très lentement, de la route en contrebas. C’est Roland qui arrive à pied, défait. Il m’informe que Michel était devant lui. Or, je ne l’ai pas entendu passer. J’apprendrai à l’arrivée qu’il est bien passé devant moi, a vu mon vélo couché par terre à 50 cm de moi, mon bidon posé par terre à portée de main, mais il ne m’a pas vu…

Après avoir tenté de réconforter Roland, nous repartons à vélo tous les deux. Entre temps le ciel s’est chargé de gros nuages et nous entendons le tonnerre au loin. Plusieurs fois dans la montée, Roland doit mettre pied à terre et faire un bout de chemin à pied. Il est vraiment à l’agonie. Plus nous montons et plus l’orage se précise. Au fond de moi, j’espère qu’il nous laissera le temps d’arriver à l’auberge où je sais que nous pourrons nous abriter. Hélas, peu après la sortie de la forêt, juste avant l’épingle à cheveux à droite après laquelle commence la dernière rampe, l’eau du ciel commence à tomber. Levant alors les yeux à la recherche d’un abri, je remarque pour la première fois sur notre gauche, en haut du talus, une bâtisse providentielle. Quittant alors la route, nous nous engageons sur un chemin pierreux et après 200 m de sprint, nous voilà à l’abri sous l’appentis de ce qui semble être une maison habitée. Il était temps car la pluie tombe dru maintenant. Peu après, un être humain mâle sort de la maison et nous demandons poliment l’autorisation, aussitôt accordée, de continuer à nous abriter. Un moment après, c’est un être humain femelle qui nous invite à rentrer à l’intérieur de la maison. Nous ne nous faisons pas prier. Nous apprenons que cette maison est l’Alpage du Colombier, que le couple qui y vit (Michèle et Alain) 6 mois par an a 17 troupeaux regroupant 300 vaches sous sa garde. Ces gens fort sympathiques nous offrent le café, du chocolat, des bonbons,… Pendant que nous nous goinfrons, dehors les choses se gâtent : la pluie tombe avec une violence impressionnante et bientôt, c’est la grêle. Je me dis que nous avons de la chance de ne pas être là-dessous.

 

Bientôt, Roland s’affale sur la table et m’annonce qu’il ne repartira pas. Notre hôtesse lui propose de se reposer sur le lit, et voilà notre Roland parti au premier étage. Nous voilà beaux ! Je n’ai qu’une solution, c’est appeler Jeannot pour qu’il vienne chercher notre ami. Par chance, j’arrive à le joindre rapidement : il vient d’arriver à l’hôtel et s’apprête à se doucher. Je lui explique la situation : « OK, je me douche et j’arrive ».

Un quart d’heure après, coup de théâtre : nous voyons réapparaître un Roland ragaillardi qui nous annonce qu’il se sent de terminer le circuit sur son vélo ! Aussitôt, je rappelle Jeannot pour lui annoncer la résurrection de Roland et pour annuler le sauvetage. Il était temps car il s’apprêtait à partir.

L’orage s’est calmé et nous pouvons repartir. Eperdus de reconnaissance, nous remercions chaleureusement nos hôtes et enfourchons nos fiers destriers. Effectivement, Roland s’est requinqué et tout va bien.

Sur la route, par contre, c’est une vraie désolation : des feuilles et des branches hachées menu, des cailloux et des coulées de terre, et, chose extraordinaire, des tas de grêlons non fondus. Sur le bas-côté, l’herbe est toute blanche, comme après une chute de neige : ce sont des grêlons. Et cela pendant des kilomètres.

Après avoir hésité un court instant, nous décidons de descendre au plus court, en serrant les fesses et les freins. A Virieu-le-petit, il est clair que le village a dégusté.

Finalement, nous arrivons à Artemare vers 17h15 pour apprendre que Michel, qui se trouvait donc devant nous, a été pris par l’orage dans la dernière rampe, s’est abrité comme il a pu sous un arbre (bien maigre protection), et pris de peur devant la tournure des événements, a jugé prudent de faire demi-tour et de revenir par Culoz et la vallée à Artemare, où il est arrivé seulement un quart d’heure avant nous.

Nous avions mérité de boire un coup. Qu’en penses-tu ?

 

Guy RENAUDIN - Juillet 2008