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Chronique cycliste, d'un coussin de brume à un autre

(ou le " doublé " Ventoux-Colombier)

Plus de 5500 km au compteur cette année, l'Ardéchoise, le Tour du Mont Blanc en 1 jour en solitaire et sans assistance (300 km, 7000 m de dénivelé), la traversée " Martigny -Nice " en 4 jours par les Géants des Alpes, ...je me sentais prêt à tenter le coup... 330 km et 10728 m en 2jours.
Après une journée de travail écourtée pour la circonstance, départ de Montreux (Suisse) vers les 15h. Arrivée sans encombre à Bédoin vers les 19h45. Après quelques recherches je trouve un logement à recommander sans réserve pour son accueil, ses chambres, sa piscine et la qualité de sa table ( " Chez Monique " à Bedoin). Soirée conviviale en compagnie d'autres cyclos puis chaude nuit.
Départ de bon matin de Bédoin et rapidement je m'aperçois que les jambes ne tournent pas. Je ne suis pas dans un grand jour, il va falloir doser. Ce que je fais jusqu 'au Chalet Reynard avant de me battre contre le vent qui s'est levé de bonne heure lui aussi. Le sommet est enveloppé de brouillard, seule l'antenne émerge. Il fait .froid.
Changement tactique, je décide de faire la face " Sault " en 2e pour " me refaire ". Ca marche assez bien, le vent reste clément, la brume se lève, la température s'élève. Redescente sur Bédoin (à fond), ravito rapide à la voiture et à moi la route forestière.

Le soleil chauffe, la poussière vole. J'ai vite compris que ça ne serait pas une partie de plaisir et que mes quelques centaines de km en V TT allaient m'être utiles. Je suggère d'ailleurs de remplacer dans le descriptif " route goudronnée avec trous en formation " par " alternance de secteurs forestiers difficilement praticables et de tronçons goudronnés jonchés de graviers et parsemées de trous ". Soyons positif; ça a ajouté une touche rétro à l'aventure et m'a permis de tester le confort et la tenue de route de mon Kuota Ksano ainsi que la très bonne résistance des Michelin Carbon. Mes mollets ont moins aimé ce passage et les 2 ou 3 portions de marche. Quel plaisir par après de retrouver le goudron à la montée et plus encore à la descente vraiment superbe sur Malaucène (87 de vitesse de pointe).


Un arrêt au village pour une restauration rapide avec d'autres cyclos puis dernière ascension, plutôt laborieuse. De celles où on finit à 6 kmlh avec la langue sur le guidon. Mais la portion " galère " est déjà oubliée. Effacée par l'immense satisfaction d'atteindre ce sommet, ce premier but du week-end, noyée encore dans l'ivresse de la dernière descente.


Une bonne douche et une trempette dans la piscine de " Chez Monique " et il me faut reprendre la route pour le Bugey. Un arrêt repas et quelques heures de route plus tard j'atteins Artemare où tout est clos. Après de longues pérégrinations, je trouve le couvert près de Culoz.

Il pleut et pleuvra toute la nuit. Pourrai-je un jour faire le Grand Colombier par beau temps ? !


C'est donc par Culoz que j'attaque la seconde partie de mon défi, en corsaire et avec les sur chaussures. Les jambes sont lourdes et il fait plus frais à mesure que je m'approche du banc de brume sommital. Au moins il ne pleut plus. La descente me congèle et aucun établissement à Anglefort ne peut me permettre de me réchauffer. Il faut donc repartir au plus vite. Heureusement l'auberge est ouverte au sommet et le feu crépite bientôt dans l'âtre. Un thé, un sandwich. Je reprends la route quand les nuages prennent le large. L'air se réchauffe, la température devient presque idéale. Les freins testés la veille confirment leur efficacité dans les pourcentages qui font frémir à l'idée de les affronter en sens inverse. Artemare, la veille si lugubre, me parait ce jour accueillante et hospitalière. Je m y arrête quelques instants puis repars à l'assaut des pentes infernales qui feront imploser mes cuisses et grincer mes mollets. Les patronymes s'inversent. Je deviens le galérien du Grand Colombier. ..mais ça passe. Mon départ prudent, un juste dosage de l'effort et le triple plateau portent leurs fruits. Le long passage en forêt de la descente sur Champagne est lui aussi jonché de fruits et de branches de pin. Un peu de slalom après le cyclo-cross et le VTT de la veille. La dernière montée sera moins pénible que samedi mais le rythme n y est plus. Je finis dans la douleur et la (grosse) fatigue, à l'énergie. Comme l'an dernier, c'est à mon dernier passage que le soleil est le plus présent, comme pour saluer la performance. Je ne réalise pas très bien, pour la première fois du week-end je voudrais être accompagné et partager ces instants. J'effectue une dernière descente prudente. Il est vrai que la route se prête peu aux excès.

Un rapide débarbouillage à la voiture précèdera les 200 derniers km, en voiture ceux-Ià.
Bien sûr les temps sont très loin des records mais le but était bien ailleurs. Peu importe. Je suis un guerrier, un galérien de l'asphalte, un peu fêlé ...un peu cinglé. Fou de vélo en tous cas.

Merci pour les " vocations " que peuvent susciter vos confréries. Merci pour ces instants de plaisir.

Meilleures et amicales salutations.

Jean Luc RAHIR - Septembre 2001