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Une envie de Grand Colombier…

Presque sur un coup de tête, j'ai donc décidé de m'attaquer à nouveau au Grand Colombier... mais cette fois-ci en bonne et due forme, en respectant le protocole bien rôdé des fêlés de la confrérie.

Au menu donc : Le Grand Colombier par les 4 faces, soit 138 km, près de 5000 m de dénivelée, avec des pourcentages effrayants (jusqu'à 22%) a fortiori pour le gros gabarit que je suis...
J'en étais à 3 tentatives avec les copains... une première en novembre 1995 (route partiellement enneigée…), avec une seule ascension puis arrêt sur chute dans la descente de mon camarade Roland, puis deux autres où on s'était arrêté à chaque fois à 3 faces, sans imaginer pouvoir gravir la 4ème un jour, au vu de l'état de fatigue...

Mais cette fois, j'avais un compte à régler avec le sort et avec moi-même... j'ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté et d'affiner l'organisation logistique de l'expédition.

Après un effort héroïque pour me lever à 6H du matin, ce mercredi 3 septembre 2003, j'ai posé ma voiture au sommet du Grand Colombier à 7H30 du matin (il faisait frais à 1510 m !), elle me servirait de point de ravitaillement à chaque passage... Bien couvert, j'ai attaqué la descente de la première face.

Le principe est celui de la randonnée permanente : une feuille de route, un coup de tampon d'un commerce et le tour est joué.

Comme conseillé, j'attaque par la face la plus dure : celle de Virieu le petit. Après 5 km d'approche à 5-6%, les panneaux hallucinants défilent : "12% sur 500m", puis "14% sur 500m", puis sans répit particulier "19% sur 1500m" ! C'est dans cette dernière rampe qu'on parle d'un passage à 22%... effectivement, mon compteur descend jusqu'à 7 km/h, pour remonter ensuite à 8-9...
Dans le délire de l'effort maximal, on se prend à considérer les petites pancartes de repérage forestier comme des indications de pourcentage : 18, 23 … etc…
A 4 km du sommet, un petit replat, puis les deux derniers km, avec beaucoup de vent et à nouveau des pourcentages à plus de 10... La première face est faite...
La feuille de route demande d'inscrire pour chaque face son heure de départ et celle d'arrivée : en effet, les Grands Maîtres (ceux qui montent 4 faces) ont droit à une mention spéciale si ils le font en moins d'1H30 par face... Sur cette première face, j'ai mis : 1H25 !... C'était certes la plus raide, mais j'ai quand même laissé quelques plumes dans la bataille, donc à ce stade là, je n'ai pas la prétention de continuer sur ce rythme...

Je me ravitaille au sommet (il n'y a pas grand monde à part quelques chevreuils et des vaches !), et je descends la deuxième face... c'est celle qui a le plus fort pourcentage moyen, mais c'est plus régulier (10 km à 10% quand même !). C'est dans cette montée que j'ai les meilleures sensations, j'arrive même à passer sans utiliser le 30x27... résultat 1H21... je n'en reviens pas moi même... bien sûr à ce moment là, même si la voix de la sagesse me dit le contraire, je me suis mis en tête le challenge du "moins de 1H30 par face"... on ne se refait pas !

Je descend le 3ème côté... réputé un poil plus facile que le précédent... avec 2 km de replat à mi-chemin (en tout 18 km de montée).
Inconsciemment, je garde un oeil sur le chrono ce qui me pousse à "taper dedans" dans le passage à flanc de falaise, à 12%... le cardio grimpe jusqu'à 196 ! Je sais qu'au delà de 185, je cours aux crampes... le replat arrive vite et me permet de me refaire une petite santé, même si je maintiens un train correct pour ne pas perdre trop de temps...
J'aborde les 4 derniers km... un calcul sommaire m'indique que je dois les parcourir à plus de 12 km/h de moyenne... il reste quelques rampes bien pentues, quelques replats, ça me semble possible... à 1 km du sommet, mauvaise surprise, je suis déjà à 1H23... je suis obligé de m'exploser pour finir en 1H29... c'était juste (j'ai failli regretter de m'être arrêté au stop dans Culoz, au pied de la montée !)...

Au sommet, je m'arrête 20 minutes pour récupérer... je commence à être un peu fané... c'est à ce stade là qu'on s'était arrêtés jusqu'à présent avec les copains... mais là, il est hors de question pour moi de stopper, même si je sais que la suite ne va pas être une sinécure... Je tente un étirement du quadriceps gauche, mais une crampe à l'ischio me dissuade vite... (c'est sans doute pour ça que ça s'appelle des muscles antagonistes !).

Je descends la 4ème face, réputée la moins dure des 4, mais longue de 19 km quand même, avec une petite portion descendante et quelques longues portions à plus de 10%...
Je n'ai plus beaucoup d'espoir pour le "moins de 1H30", étant donné ma difficulté à gravir la 3ème face... les crampes m'ont déjà fait "coucou", mais ont eu la gentillesse de repartir pour l'instant...
Après avoir tamponné dans un tabac (la vieille dame avait l'habitude de voir des fêlés !), je repars donc pour cette 4ème ascension... les premiers pourcentages sont assez doux, mais je suis déjà en 30x21, à 12-13 km/h... ce qui ne présage rien de bon... je bois et je m'alimente le mieux possible... arrive le 14%... ça passe à peu près (mais à près de 190 bpm quand même !)... un petit replat… de moins en moins lucide, je pensais alors que c'était presque fini et qu'il ne me restait plus que l'arête sommitale... j'avais oublié les 1600m à 11%... eux ne m'ont pas oublié...
Un coup d'œil désespéré sur le chrono me redonne un tout petit espoir, c'est peut-être jouable... je me relance un peu... mais tout à coup, j'entends "pschitt-pschitt-pschitt...." comme le bruit de la crevaison qui revient à chaque tour de roue...
Je m'arrête, prêt à maudire cette malchance apparente... Heureusement, j'avais mal interprété le bruit : c'était un gravillon collé à mon pneu qui faisait ce bruit parce que le goudron était un peu collant... c'est reparti...
3 mètres plus loin, je manque de tomber en roulant sur une branche (il est vrai que la route n'est pas très praticable, notamment avec les orages de ces derniers temps...), je change de vitesse, elle saute... j'ai vraiment l'impression que le sort s'acharne contre moi...


Je me retrouve tant bien que mal dans le passage à 11%... qu'il est long ! Je le monte comme si l'arrivée de ma vie se trouvait au bout... les crampes commencent à visiter les ischio, les mollets, même les triceps sur les bras... j'arrive au replat et au panneau : Colombier 4,1 km... je regarde mon chrono : 1H01 ! Je suis tout excité... il me reste 29 minutes pour faire 4,1 km... le calcul est vite fait... 8km/h de moyenne environ... ce serait bien le diable si je n'y arrivais pas…
Les 3 derniers km sont en moyenne à 7,2%, 10% et 10,9% et comportent des replats, ce qui veut dire que les rampes frisent sans doute les 12-13%.... à 1 km, je suis à 1H21... ça me semble gagné, je suis à l'arrachée, les vachettes qui paissaient tranquillement se mettent même à courir à côté de moi... (il faut dire que je leur avais dit "salut les filles" ce matin !)
J'ai des crampes aux quadriceps dans les deux jambes en même temps, j'ai l'impression de faire du surplace, j'alterne tant bien que mal danseuse et position assise... le sommet arrive... 1H27 ouaouh !

J'essaye de tourner sur place pour éviter de m'arrêter tout de suite... je manque de tomber... je m'arrête finalement... c'est gagné, l'émotion est au rendez-vous...

Sur la photo "témoin" prise au sommet, on ne voit pas qu'en faisant "4" avec ma main, j'ai là aussi une crampe d'avoir replié trop vite mon pouce dans ma paume !!


Vreje JELOYAN - Septembre 2003