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CHEMIN FAISANT

 

Novembre 2003.

J'arrive dans la région et me retrouve face au grand colombier dont je n'avais que vaguement entendu parler.

Après avoir puisé quelques informations, les pourcentages annoncés m'effraient et j'attends 2006 pour faire ma première ascension.

Comme attendu, ce fût très dur. Depuis, je m'efforce de le gravir au moins une fois par an.

Je découvre la confrérie par hasard et trouve ça amusant, mais n'étant pas très porté sur l'idée d'appartenance à un groupe, je ne m'attarde pas.

Le temps faisant son travail, en 2016 je me dis : Pourquoi pas! Après tout, c'est rigolo.

Je commande donc ma carte de pointage, et le temps passe; ne me trouvant jamais assez prêt pour tenter l'exploit.

Les années filent et m'étant fait mettre au défi par un ami en 2019, je décide de m'offrir cette aventure l'année de mes 60 ans.

 

Octobre 2020.

Ca y est, les grosses chaleurs sont derrière nous, et la soixantaine tire à sa fin, il faut y aller.

Je me lève le matin du 12 et sens que c'et le jour, et sans même y avoir pensé la veille, me voilà enfilant ma panoplie et prêt à enfourcher mon deux roues.

Par Culoz pour commencer, face que je connais le mieux et donc plus facile pour gérer mon effort. Ceci dit je pars pépère, le but étant de réussir  et non pas d'exploser le chrono, sans quoi c'est moi qui risquerais d'exploser en vol.

 

9H40. C'est parti mon kiki....

Tout se passe bien, il fait une température idéale pour ne pas souffrir, et comme à chaque ascension, le régal de la vue en arrivant aux lacets sur l'arête me rempli de bonheur et m'aide à oublier un peu l'effort.

Je sais que le replat n'est plus très loin, et il fût le bien venu, mais le plus dur este à faire, et il va falloir le faire deux fois me dis-je...

N'y pensons pas et concentrons nous sur cette ascension.

A cette époque on ne rencontre pas beaucoup de monde et du coup je fais cette ascension bien isolé et cela renforce cette sensation d'aventure.

Les 14% sont devant moi et mes cuisses s'en rendent bien compte quand je les atteints. Au 2ème replat, il faut que je fasse attention à ne pas m'emballer car le final peut être piégeur. Il commence à faire très frais, mais surtout, le vent est là, face à moi pour simplifier l'histoire. Je me hisse tranquillement et arrive enfin après 2H15 de grimpette (pas d'exploit de ce coté là). J'enfile un petit coupe vent pour profiter de la vue dont on ne se lasse jamais, puis après avoir fait tamponner mon précieux document, je me pose à l'abri avec un bon café et une petite crêpe au sucre sacrément agréable. Je fais le point sur mon état et me trouve plutôt bien en forme avec des jambes pas si entamés que ça...

Bon présage pour la suite de l'aventure. Toujours sûr de moi mais très prudent néanmoins n'étant pas un cycliste chevronné avec un entrainement de grand sportif, ni avec un vélo des plus léger (17 kg à sec). Une fois redescendu, je m'accorde une heure de répits avec un micro repas et un bon massage aux huiles essentielles suite à quoi je rejoins le 2ème point de départ, Champagne en valromey.

 

14H40. C'est reparti mon kiki....

La vue est moins grandiose par cette face, mais le passage dans la forêt à cette époque ne manque pas d'attrait avec ces couleurs automnales et ces tapis de feuilles.. C'est un peu dur, et je ne serais pas loin de douter...Mais comme toujours, je pense à l'instant présent sans trop m'attarder sur ce qu'il reste à parcourir.

Je peine un peu quand même et commence à attendre avec une certaine impatience (pour ne pas dire une impatience certaine..) le replat de la selle fromentel.

J'y arrive péniblement je dois dire, mais à partir de là, même au bout du rouleau il me semble impensable d'abandonner. Je laisse les choses se faire, et commence à sentir mes cuisses bien faiblardes et quand j'arrive aux deux derniers lacets, je me demande comment mes jambes font pour emmener le vélo, je commence à ne plus en pouvoir. Mais le sommet est en vue et il va de soi que coûte que coûte il faut l'atteindre, alors je vide mon cerveau et laisse faire mon corps.

Dans ces moments là on se demande où l'on va trouver l'énergie nécessaire tant à chaque tour de pédale l'effort est intense. Plus je m'approche, et plus le bonheur commence à m'envahir (l'épuisement également soyons franc..), et quand j'arrive au dernier virage, je n'en reviens pas.

CA Y EST, JE L'AI FAIT !!

Un bon vin chaud pour se remettre de ces émotions et me voilà sur la route du réconfort avec en poche ma super carte de "super héros" toute tamponnée....

Mission accomplie, mais il est certain que je ne serais jamais MAITRE.

 

Christian DELBECQ – 12 octobre 2020