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Défi ou folle orgie?

 

La question se pose lorsque l'on voit sur le papier l'ampleur de la tâche qui nous attend : plus de 200km et plus de 7000m de dénivelé positif. Un menu gastronomique de "6 plats" à se farcir. Et autant dire qu'il en faut de l’appétit : que des mets bien riches, lourds et peu digestes façon tripes et tablier de sapeur en sauce. Au diable les brocolis cuits à l'eau de Vichy. 

 

Ceci dit, l'idée de ce défi trottait quelque-part dans mon esprit depuis septembre 2015 et mon accession au grade de "grand maître" dans la confrérie des "fêlés du Grand Colombier". Un bébé est arrivé, d'autres objectifs pointaient, bref 3 années sont passées... 

 

Mais là, un créneau se dessinait : juin 2018. Juin n'est pas un mois choisi au hasard car les jours étant les plus longs, cela évite, (à priori) les départs ou les arrivées de nuit qui ne sont pas trop à mon gout je dois dire. Il y a, à mon avis déjà suffisamment d'enjeux à maîtriser : entrainement, alimentation, hydratation, équipement, organiser les ravitaillements, gestion du temps etc. Pas besoin de se rajouter des bâtons (même lumineux) dans les roues! 

 

Ainsi me voilà parti vers 6h depuis mon logement que je recommande par ailleurs : une chambre d’hôte à l'établissement "Valreley" à Champagne en Valromey. Tenanciers des plus chaleureux pour les cyclistes éreintés. Descente vers Artemare, lieu du premier pointage. La journée s'annonce belle : à l'horizon point de nuages. 

 

6h20 : C'est parti pour la montée la plus raide, choisie en premier justement pour ses pourcentages les plus coriaces. Je mouline dès le début, pas question de faire le fanfaron vu le copieux menu qui nous attend. Arrivée à Virieu-le-Petit sans encombre et bien échauffé grâce aux premiers kilomètres abordables et parcourus à allure modérée. Place au célèbre passage à 19 puis 22%! La route se cabrant au fur et à mesure, on a le temps de s'y préparer psychologiquement. Mon coeur bat la chamade, mon 34x26 n'y est pas pour rien : un peu juste dans ce genre de pourcentage. Ouf, lorsqu'on aperçoit le panneau annonçant au loin la pente en sens inverse : on sait que la fin du calvaire approche. "Ça, c'est fait!" me dis-je satisfait. "Grâce" au vent de face dans la ligne droite après les barrières canadiennes, j'ai tout loisir d'observer les vaches sur ma gauche et me dire que je vais l'avoir dans le dos durant les derniers hectomètres de la ligne droite finale! Toujours bon pour le moral. Hop, première arrivée et pointage au sommet. 7h45. 1h25 pour ce versant. "Un peu rapide" pensais-je. Petit ravitaillement et on descend! 

 

8h30 : Après un pointage à Anglefort, place au deuxième plat de ce repas gargantuesque : le col de la Biche par Gignez. Pas de la tarte car très dur bien que régulier. J'avais décidé par prudence quelques kilomètres avant d'attaquer la grimpée de monter "en dedans", histoire de garder du jus pour la suite surtout estimant mon rythme dans le premier col trop élevé. 1h10 de montée ce coup ci arrivant au sommet à 9h40. "Encore un peu rapide" me dis-je toujours malgré de bonnes sensations pour le moment. 

A noter une belle rampe de descente avant d'atteindre le sommet, rampe qu'il va falloir cette fois grimper plus tard dans la journée...

 

10h40 : Après une descente plus que "tranquillou", je prends quelques minutes de repos à la fontaine de Champagne en Valromey. Pointage et décollage pour la suite : Grand Colombier par son coté à priori le plus "digeste". Et une mauvaise surprise m'attend car la fin de ce plat ne se passe pas trop bien, je sens que les jambes fatiguent et manque de jus dans les 3 derniers kilomètres. Me voilà barbouillé. Pourtant le beau temps, toujours présent me change les idées et me permet de profiter de la vue au sommet. Chose que je n'ai pas pu faire lors de mon entrée dans la confrérie : météo maussade oblige. 1h35 pour le chrono. Il est désormais 12h15 et la moitié du défi est bouclé. Je ne suis pas très confiant mais j'ai encore du temps. Hop, descente vers Culoz et ses beaux lacets.

 

13h30 : Après une nouvelle petite pause, on attaque la plus belle des montées, le plus beau des plats de la journée. Je tente de me détendre en profitant de la vue, mettant tout à gauche et oubliant un court instant le chrono. Mes jambes ne sont pas très bonnes et mon moral en prend désormais aussi pour son grade dans le passage à 14% avant la Sapette. En effet, je ne vois pas comment je vais finir par là en fin de journée, trop dur, trop longtemps, 34x26 trop gros. Basculant au sommet à 15h10, je me mets plusieurs fois à bailler. Déjà 4 plats d'avalés. Aurais-je déjà trop mangé? 

 

15h55 : Nouvelle arrivée à Champagne en Valromey, très dur de me dire que je suis à quelques encablures de mon gîte et pourtant encore si loin... L'envie d'abandonner me traverse l'esprit. Légère pause, petite barre et on repart. Pas pour longtemps, la fatigue générale s'installe. Redoublement intempestif de bâillements. Répit obligatoire. Je somnole quelques instants dans un champ avant Brenaz. Les mouches m'évitent de m'endormir trop profondément. Dur de remonter sur le vélo après cette vingtaine de minutes de repos. Certes cela m'a bien aidé à digérer mais comment vais-je encore avaler les deux plats qui restent? Je passe Brenaz, encore naze (pour la rime), et les kilomètres qui suivent me paraissent interminables. Je suis tout à gauche une nouvelle fois et me demande combien de temps mes jambes vont encore tenir. Le compteur ne dépasse pratiquement plus les 10km/h. Je tente de me rassurer en me disant qu'heureusement le beau temps est toujours là et qu'aucune crampe n'a pour le moment pointer le bout de son nez. Pfiou le sommet : 17h25 je discute avec 2 cyclistes qui viennent de Gignez et pestent sur la violence de la montée de ce coté. Ils me demandent ce que je fais. Je doute fort qu'ils aient cru à la véracité de mes propos. "Encore un qui fabule!" ont-il du penser.

 

18h10 : Avant le dernier passage à Anglefort, je passe la descente à me demander comment je vais encore monter une fois le Grand Colombier. Escalader cette face en guise de dessert m'angoisse autant que devoir affronter une part de gâteau "foret noire" la panse déjà trop pleine. Allez, la dernière de la journée! Une bouchée pour Maman, une bouchée pour Papa... Toujours pas de crampes. Et on arrive aux tant redoutés 14%, je zigue-zague pour couper la pente quand surgit le Panneau "La Sapette". Bénie soit la Sapette!!! De la "foret noire" ne reste désormais à engloutir que les miettes. Je savoure les derniers kilomètres. Ça y est, encore le sommet! Il est 20h00. 1h50 de montée. Descente jusqu'au gite et me voilà lauréat du défi bugiste!! Jamais effectué une telle chevauchée cycliste, une sacrée orgie pour les amateurs de montagne. Mille mercis encore à Michel Pelissier pour tenir cette sympathique confrérie!

 

PS : Pour info, ayant lu les récits des autres lauréats avant moi et n'ayant pas de véhicule à disposition, je n'ai pas pu placer de voiture au sommet du Grand Colombier pour se ravitailler même si je trouvais l'idée très bonne. J'ai donc transporté avec moi un petit sac à dos léger mais avec tout ce qu'il faut pour les ravitos. Ne restaient que les points d'eau faciles à trouver au départ de chaque montée. 

 

Romain DUMOND – 19 juin 2018